Cette conférence propose une analyse complémentaire de ce décalage à partir de deux volets empiriques. Le premier, fondé sur le projet PRESEL, met en évidence l’hétérogénéité des auteurs impliqués dans des infractions sexuelles en ligne contre des mineurs. Leurs trajectoires, motivations et modes d’interaction varient fortement, tout comme leur degré d’engagement criminel. L’étude souligne le rôle central de mécanismes cognitifs spécifiques à l’environnement numérique (désinhibition, déresponsabilisation, distorsions cognitives), ainsi que l’importance des communautés en ligne dans la structuration et la persistance des comportements déviants.
Le second volet, basé sur une étude mixte menée en Suisse, montre que les réponses institutionnelles restent fragmentées et inégalement structurées. Les actions se concentrent principalement sur la sensibilisation, au détriment de stratégies de prévention plus ciblées. La coordination entre acteurs demeure souvent informelle, avec des disparités territoriales importantes et des obstacles structurels persistants, notamment en termes de ressources, de mandats et d’intégration des acteurs technologiques.
L’articulation de ces deux perspectives met en évidence un paradoxe central : alors que la compréhension des auteurs et des dynamiques de passage à l’acte s’affine, les systèmes institutionnels peinent à traduire ces connaissances en dispositifs de protection efficaces. Cette fragmentation crée des zones d’ombre exploitées par les auteurs et limite l’impact des politiques de prévention actuelles.
La conférence plaide ainsi pour une approche intégrée, articulée à trois niveaux : des interventions différenciées ciblant les individus à risque, une meilleure structuration et coordination des réponses institutionnelles, et un renforcement de la coopération nationale et internationale face à la nature transfrontalière du phénomène.